Histoire Erotique


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La maison hantée.

Nouvelle érotique et fantastique. Un jeune couple en vacance dans une région au centre de la France. Superstitions, érotisme, sorcellerie et fantastique se croisent au milieux d'une région française. Les lieux existent réellement, les personnages aussi. Mais ce n'est qu'une histoire, un fantasme, un rêve ou un cauchemar. Par Fleur de Sel.

Proposée le 19/05/2019 par Fleur de Sel.

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Thème: Jeu érotique
Personnages: FH
Lieu: Vacances, voyages
Type: Fantasme

Je rassemble devant moi, assiettes et couverts. Le repas du soir est terminé depuis déjà dix à quinze bonnes minutes. En cette fin de journée de septembre, nous bavardons, avec Jean, mon petit ami et ses parents. Eux, Jeanne et René aimeraient tant nous savoir mariés et pouvoir tenir dans leurs bras un petit enfant. Je souris et comprends leur attente, mais cela n’est pas dans nos projets, du moins, pas encore. Il fait lourd et chaud, le temps est incertain, un orage pour cette nuit n’est pas à exclure, nous dit René en regardant sa femme. Avec Jean, nous sommes chez ses parents depuis huit jours. Nous devons y rester tout au plus une quinzaine de jours. Passer deux semaines de vacances au centre de la forêt de Tronçais n’est pas pour me déplaire. Au contraire, la région est très agréable, la forêt et de nombreux lacs offrent une multitude d’activités de plein air, baignades, ainsi que de longues et belles promenades. Mais aussi le bonheur d’être avec sa famille, avec ceux qu’il aime. Ses parents habitent dans cette ancienne exploitation agricole isolée au milieu de nulle part. Ils y vivent depuis une quinzaine d’années déjà, depuis leur retraite exactement. Situés avec deux autres fermes au centre de vastes champs de blé, enclavés dans l’immense forêt de Tronçais, l’isolement, la tranquillité et le silence sont exceptionnels. Leur seul voisinage outre les animaux sauvages, cerfs, biches et sangliers, est un couple de céréaliers qui occupe l’une des deux autres fermes beaucoup plus loin. En fermage, c’est eux qui cultivent tous les blés qui poussent tout autour de la maison. - Restez assise, Jeanne, je vais débarrasser, reposez-vous. Je me lève, prends les assiettes et couverts que j’emporte dans la cuisine, les dépose sur l’évier. Retournant au jardin où nous venions de manger, je croise Jean. Nous échangeons un rapide petit baiser. Ensembles depuis deux ans, nous sommes de plus en plus amoureux l’un de l’autre. Il va à son tour déposer les plats. Je finis de débarrasser la table. Jeanne et René assis dans le jardin regardent la campagne silencieuse devant eux. Je le croise de nouveau dans le couloir. Un nouveau et rapide petit baiser du bout des lèvres.
- Tu me rejoins là-bas... Comme ce matin… d’ici quinze à vingt minutes?? Me dit-il tout bas en me souriant?? - Maintenant?? Attends, je dois remplir le lave-vaisselle et ranger un peu. Mais, je te rejoindrais après m’être douchée et changée. - J’ai envie de toi. Ne me fait pas trop attendre mon amour… sinon...?! Tu seras livrée corps et âme aux démons… Tu sais bien que j’ai signé un pacte avec eux… Je t’aime... me dit-il en me prenant dans ses bras, en me souriant et m’embrassant. - Il vous faudra apprendre la patience mon chéri, toi et le diable, ou alors être beaucoup plus sévères et persuasifs avec moi. Les fantômes ne me font pas peur. Bien au contraire, tu t’en doutes fort bien. Je ris doucement. - C’est moi qui te tiendrais alors que les entités maléfiques et démoniaques te posséderont. Un bras autour de ma taille, il m’enserre un peu plus fort, caresse mes fesses. Je souris, repousse sa main et me dégage de son emprise. - Je dois finir de ranger et faire ma toilette. Ensuite, je promets de venir me livrer corps et âme aux fantômes de la maison. Je fais vite. - Tu as intérêt, je prends la chienne avec moi, surtout, ne dis rien à mes parents. Je réponds par un petit baiser sur le bout des lèvres. Il me laisse seule. Je charge le lave-vaisselle, et commence à ranger la cuisine. La ferme où je dois le rejoindre est celle assez proche et inhabitée depuis des dizaines d’années. Elle est au fond d’une sorte de petite dépression, entourée d’arbres, pratiquement invisible pour ceux qui n’en connaissent pas l’existence. Il y a deux jours, Jean me l’avait fait visiter entièrement. Et ce matin, dans l’une des chambres, nous avons fait l’amour. Les pièces vides et silencieuses dégagent une atmosphère étrange et mystérieuse propice aux fantasmes les plus intenses. Ses parents gardent depuis des années la clé que leur ont confiée les propriétaires vivants dans la région parisienne. De temps en temps, une ou deux fois l’an, des personnes envoyées par l’agence demandent à pouvoir la visiter pour un éventuel achat qui ne se fait jamais. Jean avait subtilisé la clé toujours accrochée au même endroit. Je mets en route le lave-vaisselle et monte dans notre chambre. Avant de le rejoindre, je veux me changer. Je me dépêche, dix à quinze minutes plus tard, je suis prête. Une rapide douche, j’ai passé une simple robe Vichy de couleur bleue. Je dois souhaiter une bonne soirée à Jeanne et René qui doivent être au salon. Seul René écoute et regarde la télévision, attendant les informations de vingt heures. Jeanne, qu’en a-t-elle, prend le frais juste à côté, dans un des fauteuils en rotin du jardin. - Vous ne regardez pas la télévision Jeanne?? - Tu sais, cela ne m’intéresse plus beaucoup. Vous allez surprendre les animaux?? - Oui, nous allons le long de la route forestière jusqu’au croisement du diable. Il me dit que nous verrons certainement des cerfs et des biches. - Vous aurez de grandes chances d’en apercevoir. Surtout à cette heure, ne rentrez pas trop tard. Prenez la chienne avec vous, elle a l’habitude d’être silencieuse avec les animaux. Je souris. - Je vous souhaite une bonne soirée Jeanne. Bonsoir René. - Toi aussi sabine, passe une bonne soirée et attention, il risque d’avoir de l’orage cette nuit.




Je les laisse et quitte la maison après avoir mis mes sandales. La chienne n’est pas dans la cour. Je me souviens que Jean m’a dit qu’il l’emmenait. Contrairement à ce que je venais de dire à Jeanne, je ne tourne pas à gauche sur le chemin pour rejoindre la petite route qui descend ensuite vers la forêt. Non, je me dirige vers la droite le long du bâtiment de la grange en direction de l’ancienne ferme inhabitée.
Comme beaucoup de personnes de cette région de France Jeanne croient vraiment aux légendes, aux superstitions moyenâgeuses qui sont encore très vivaces et nombreuses ici. Pour elle et pour beaucoup de monde, cette bâtisse est empreinte de contes et de chimères, de souvenirs tous plus terrifiants et monstrueux, plus horribles les uns que les autres. Cet endroit, m’avait-elle répété plusieurs fois à voix basse, comme on confie un secret. Aurait été le théâtre de disparitions inexpliquées durant des siècles. Des dizaines et des dizaines de jeunes femmes auraient mystérieusement disparu. Il ne fallait jamais s’y rendre seule. Surtout ne jamais réveiller les souvenirs monstrueux des esprits démoniaques qui hantent encore les lieux disait-elle?? Bref, d’excellentes et très bonnes raisons d’aller visiter et revisiter cette ferme et les alentours. Je souriais. J’eus du mal à imaginer sa réaction, et ce qu’elle aurait pu dire ou penser si elle avait su que ce matin, j’avais fait l’amour dans une des chambres. En plus, j’étais bien décidée à le refaire une nouvelle fois ce soir. Elle en serait très certainement horrifiée. Je souriais intérieurement à cette pensée. Après avoir dépassé les bâtiments du corps de ferme, le chemin descend en pente douce entre deux champs de blé presque mûrs aux épis couleur or. Leurs cimes ondulent doucement sous l’action d’une légère brise, semblable à l’eau sur la surface d’un lac. De part et d’autre de la sente, fossés et talus sont parsemés de fleurs sauvages, pâquerettes, marguerites et millepertuis abritent des insectes qui à cette heure font entendre leur présence. Des oiseaux, des hirondelles frôlent les épis de blé en volant par couples tout en lançant de brefs petits cris stridents. Certaines nichent dans la grange et reviennent chaque année au même endroit, m’a dit René en me montrant les nids. J’aperçois maintenant le toit de tuiles rouge et le mur gris du bâtiment d’habitation ainsi qu’un des deux hangars encaissés dans le vallon du terrain. Entourée d’arbres, elle est invisible de la route. Il faut s’en approcher pour en deviner son existence. Je me retourne pour voir notre maison. Seule une petite partie de la toiture de la grange m’apparaît. Au loin, le clocher de Saint-Bonnet sonne, un chien aboie, un autre lui répond encore un peu plus loin. Je dois être maintenant, à la moitié du chemin. Je n’ai pas pris de montre. Il doit être vingt heures, pensais-je. Le soleil est encore haut sur l’horizon. Je regarde la maison, une seule fenêtre aux volets clos donne sur cette façade. Je crois me souvenir que ce devait être celle du couloir. Les chambres au nombre de trois regardent toutes sur le devant, sur la cour intérieure de la ferme. Soudain, je prends conscience d’un changement. Quelque chose vient de se passer, de changer. Je suis incapable de dire ce qui vient d’arriver. C’est imperceptible. Il me faut plusieurs minutes pour me rendre compte que l’on n’entend plus le bruit des insectes, ni celui du vent ou les cris des hirondelles. Il n’y a plus de bruit, plus d’hirondelles ou de passereaux, plus de vent, juste le silence. Il n’y a que le silence, et le froid. Au fur et à mesure que je descends vers le fond du vallon, la température devient plus fraîche. Le petit lac un peu plus loin que je ne peux encore apercevoir ainsi que la proximité de la forêt en est certainement la cause. Ce matin, nous n’avions pas été jusqu’au lac avec Jean. Celui dont le fond devait être tapissé des cadavres des jeunes disparues. D’après, bien sûr, les croyances de la très chère maman de mon ami. Je souris à cette pensée. Maintenant, n’ayant que ma petite robe bleue, étant les bras nus, j’ai un peu froid. Je regarde si j’aperçois la chienne tout en faisant le tour du bâtiment. Je ne la vois pas devant la ferme. J’avance dans la cour. Des herbes hautes ont envahi l’espace autour de la maison, notamment contre les murs. Je pense qu’un cultivateur, certainement le céréalier doit venir de temps en temps entretenir la place et les abords en débroussaillant avec son tracteur. J’approche de la porte d’entrée. J’emprunte les trois marches en pierres volcaniques noires. Elles sont usées, par les passages, le temps. J’actionne la poignée, déclenchant un léger bruit métallique qui résonne dans la maison vide. Je pousse la lourde porte en chêne et m’avance dans la minuscule entrée. J’appelle doucement. - Jean... Jean, tu es là?? ... Je n’obtiens aucune réponse. Il doit forcément être ici. Je referme derrière moi. La maison rarement aérée est glaciale et sent la moisissure. La clé n’est pas sur la serrure. Il a certainement dû la garder avec lui. Je me souviens de l’avoir vu ce matin, tourner la lourde clé en fer. - Jean...
Je frissonne. Je regarde. Devant moi, un escalier mène aux chambres. Sur la gauche, la cuisine est ouverte. Au sol, le carrelage n’a pas dû être nettoyé depuis plus d’un siècle. Il est difficile d’en deviner les couleurs d’origines. À droite, la porte qui donne sur ce qui a dû être un salon est fermée. J’ouvre. Il est vide. Comme dans toutes les pièces, les volets sont fermés. La lumière du jour qui passe au travers donne une atmosphère étrange et mystérieuse aux pièces vides de meuble. L’eau et l’électricité ont été coupées depuis bien des années. Je regarde de nouveau le haut de l’escalier. J’appelle une nouvelle fois doucement. - Jean?? Il refuse de répondre. Il doit m’attendre en gardant le silence dans une des chambres. Il sait très bien que je serais forcément un peu effrayée, que je ne serais pas vraiment et entièrement rassurée. Ce matin, il m’avait raconté des monstruosités sur ce lieu, sur la maison pour m’épouvanter et m’horrifier me faire frissonner et m’angoisser. Moi, qui adore cela, les films d’horreur, j’étais comblée. Je quitte mes sandales, une à une. Le sol est glacé. Je regarde de nouveau la cuisine, le haut de l’escalier. Évidemment, je suis seule. Personne n’est là, ne m’observe, ne m’épie. Même si j’ai comme un étrange sentiment, l’impression de ne plus l’être, mais d’être surveillée. J’ai cette impression depuis le chemin. Je retiens mon souffle, frisonne.

Je passe les bretelles de ma robe sur les bras. Elle glisse le long de mon corps et tombe en corolle autour de mes pieds. Petite et mince, ma peau est légèrement brune. Mes cheveux sont noirs, assez courts et coiffés en bol avec des franges sur un visage rond et harmonieux. Mes yeux de couleur noire sont légèrement en amande, je suis toujours souriante. Typée, on me dit souvent que je suis très mignonne. Cela doit forcément être un peu vrai. Je regarde une nouvelle fois la cuisine et le haut de l’escalier. J’ai l’impression de franchir un tabou, un interdit. C’est délicieux, j’en frissonne de plaisirs. Je baisse ma petite culotte blanche le long de mes hanches et l’accompagne jusqu’aux genoux. Elle glisse seule jusqu’au sol. Je la dégage de mes pieds. Je suis entièrement nue. Je suis frigorifiée. De petits boutons apparaissent à la surface de ma peau. Je tremble. J’ai la chair de poule. Un frisson de froid ou de peur et de désirs naissants traverse mon corps. Je croise les bras, je suis glacée.

Je pose doucement un pied sur la première marche en bois. Contrairement au carrelage, le bois me paraît chaud. Malgré mon extrême prudence et attention, le bois craque sous mon poids. Je tremble. Je monte le plus lentement et précautionneusement possible. J’essaie de faire le moindre bruit, d’être silencieuse. Je me retourne, regarde vers le bas. Mes vêtements sur le sol paraissent incongrus. Le désir commence à naître, à se faire ressentir au creux de mon ventre. Jean va être surpris et forcément excité de me voir entièrement nue. Ma poitrine, petite et ronde laisse deviner de minuscules veines bleues sous la peau fine et translucide sous les seins. Les tétons devenus légèrement plus fermes par le froid et la peur deviennent plus sensibles, presque douloureux. J’ai du mal à respirer, à déglutir. La situation me plaît, m’excite. J’atteins le palier supérieur. Un couloir donne sur deux chambres à gauche et une petite salle de bain derrière moi, juste au-dessus de l’escalier. Devant moi, la fenêtre aux volets clos que j’apercevais du chemin. À droite une seule chambre. Toutes les portes sont fermées. Je vais devoir ouvrir chacune d’elle tour à tour. Je respire plus vite, j’ai peur. J’ouvre doucement celle à ma droite, près de moi. La pièce est vide. J’avance tout doucement jusqu’à la fenêtre. Le plancher craque. Je crains qu’il ne soit pas dans la maison, qu’il m’attende, caché quelque part à l’extérieur. Je ne sais vraiment pas. Une autre personne peut rentrer dans la maison, une personne, ou alors quelque chose de terrifiant. Non, je ne dois surtout pas penser aux histoires de Jeanne, ou celles encore pires qu’il m’a racontées ce matin. Je regarde la cour à travers les rayons des volets. Pour ce que je peux en voir, elle me semble vide. Je ne vois toujours pas la chienne.

Je reviens vers le couloir. Je fais attention lorsque je pose les pieds sur le plancher. J’essaie, sans vraiment y parvenir de ne pas faire craquer le bois. Maintenant, il sait forcément que je suis à l’étage. Si lui le sait avec les bruits involontaires que je fais. Eux aussi doivent le savoir… mais eux, n’ont pas besoin de m’entendre. Eux me regardent… je suis bête. Je me fais peur toute seule maintenant. Je referme doucement la chambre. J’avance, dépasse l’escalier, tourne sur la gauche pour ouvrir la salle de bain. Je prends mille précautions. Je voudrais le surprendre moi aussi. La porte de la salle de bain s’ouvre facilement sans émettre le moindre grincement. Je vois une vieille baignoire sabot en fonte émaillée. Elle
est usée, recouverte de poussière jaune ou de rouille, des W.C., et un lavabo d’un autre âge, d’une autre époque. Il y a longtemps, le carrelage et les faïences ont dû être de couleur blanche, très longtemps de cela. Ici, le sol est carrelé et glacé. Je fais quatre à cinq pas jusqu’à la fenêtre. Personne à l’extérieur ni même la chienne qui devrait pourtant être là. Je me tourne et fais face au miroir du lavabo. Il est recouvert de salissure et de poussière, le tin a disparu à plusieurs endroits. Je n’ose pas regarder mon reflet, j’ai peur de voir quelqu’un, quelque chose dans mon dos. Je suis idiote. Moi, et mon goût pour les films d’angoisses et d’horreurs me voilà à réagir comme une gamine de quinze ans. Évidemment, il n’y a personne dans mon dos. Je ne sais si je dois en être soulagée ou déçue, décidément?! Je sors de la salle de bain.

J’ouvre la seconde chambre. Elle est vide. Il m’attend dans la dernière, la plus grande. Celle où ce matin, nous avons fait l’amour. Je m’en doutais un petit peu. Mon cœur bat plus vite, je respire plus difficilement. Je m’avance vers la porte. Je ferme les yeux. J’attends un peu, pose la main sur la poignée et ouvre doucement. Un grincement lugubre semblable à ceux des séries B d’autrefois. Maintenant, il doit me voir. Je l’imagine à cet instant, le regard posé sur moi. Je garde les paupières fermées, mets les mains dans le dos. Il a forcément les yeux sur moi, sur mon corps nu, doit admirer ma poitrine et mon ventre, mes cuisses et mes jambes, la finesse de mes chevilles et de mes pieds. Regarder son petit abricot doré comme il aime à appeler ma fente lisse et douce. Un petit fruit doré, ferme et tendre à la chair si onctueuse et juteuse. Je m’avance lentement en gardant toujours les yeux clos et les mains dans mon dos. Regarde-t-il maintenant mes reins, mes fesses sur lesquelles il aime poser son regard et ses mains?? Son petit trésor, comme il aime à dire. Celui dont il est si fier lorsque des hommes, des inconnus se retournent dessus. J’en frissonne de plaisirs.

J’avance encore un peu tout doucement, ne fais que quelques pas dans la pièce que je sais entièrement vide de meuble. Je garde les yeux clos, les mains dans le dos. J’ai oublié de prendre un bandeau, j’aurais dû y penser. Je m’en veux un peu. Ma soumission n’en est pas moins réelle sans le bandeau sur les yeux. Il le sait… Ils le savent… une onde de désirs parcourt mon ventre. Je soupire. Je reste sans bouger, j’attends qu’il me touche, me donne un ordre. L’attente est délicieuse. Je me sens observée. Un léger tremblement traverse mon épiderme. L’impression d’être caressé par un léger souffle, un regard. Le bois craque quelque part dans la maison, le couloir ou l’escalier, la charpente peut-être. La maison vit, elle serait habitée par des entités, des fantômes et des souvenirs monstrueux d’après les légendes moyenâgeuses locales. J’avance encore de deux pas. Je dois être près de la fenêtre. Je me retourne doucement gardant les mains dans le dos. Je sens son regard sur moi. Mais, est-il réellement seul?? N’y a-t-il pas avec lui des créatures invisibles?? C’est délicieux. J’aime à les imaginer ici, avec nous, dans la chambre. C’est à la fois excitant et effrayant. C’est ici, dans cette pièce, que les jeunes femmes étaient emmenées, avant d’être descendues dans la cave pour ne plus jamais en ressortir vivantes ou mortes, me murmurait-il ce matin avec force détails en me faisant l’amour.

Brusquement je pousse un cri d’effroi et sursaute. La porte vient de se refermer violemment. J’ouvre les yeux, porte les mains à ma bouche pour retenir un hurlement. Je suis pétrifiée, me mets à trembler. J’ai eu si peur. Je suis seule dans la chambre. Ma respiration s’est accélérée d’un coup. J’ai vraiment été terrifiée. Je tremble. Je dois retrouver mon calme, ma respiration. Mon cœur doit retrouver un rythme normal. Je regarde autour de moi. La pièce est vide. J’essaie de respirer calmement. Je me sens frustrée, déçue. J’espérais, je le croyais là avec moi. Il veut jouer avec mes nerfs, mes peurs et mes démons sachant très bien que cela ne fait qu’accentuer mes désirs et fantasmes. Cela ne fait que reporter de quelques instants le moment fatidique où je vais fondre dans ses bras. Je reprends mon souffle doucement. J’ai vraiment eu très peur. Mais le désir est toujours là au creux de mon ventre.

Je sors de la pièce en tremblant encore un peu. Je remarque que les portes des chambres et de la salle de bain sont grandes ouvertes alors que je les avais fermées. Je ne l’ai pas entendu monter et se déplacer. Voilà l’explication des craquements du bois. Il a dû redescendre et doit maintenant m’attendre dans la pièce du bas, celle derrière la cheminée, oui, c’est ici qu’il doit forcément être. Mes vêtements sont toujours posés devant l’entrée et l’escalier. Je descends doucement. Je lui en veux un peu. J’ouvre et regarde de nouveau dans le salon. Il est vide. Je passe dans la cuisine. Il y a devant moi, une cheminée
monumentale, sur la gauche de celle-ci une porte fermée. Je sursaute en posant le pied sur le sol carrelé. Il est glacé. J’avance et entrouvre celle-ci, le cœur battant, le souffle court. Il n’y a personne, la pièce est vide et particulièrement sombre. Suis-je seule dans la maison?? Je me retourne, je vois l’entrée de la cuisine avec mes vêtements, les étagères sous l’escalier des chambres. Sur la gauche, une porte entrouverte que je n’avais pas remarquée. Celle menant à la cave. Je fais la grimace. Je n’ai pas trop envie de descendre et de le faire dans la cave. Je m’approche, écarte le battant. J’appelle doucement. - Jean... - … - Jean, tu es là?? …

Les marches de l’escalier sont en pierres. Il fait très sombre malgré un tout petit soupirail, juste devant, sous l’entrée. Je n’ose pas descendre, j’ai froid aux pieds. Je me mords les lèvres, regarde vers le bas dans la cave. Je m’accroupis pour regarder, l’endroit est plongé dans l’obscurité. - Jean... Tu es là?? … Il me semble avoir entendu un très léger bruit. Il exagère tout de même. Je me relève, et pose un pied sur la première marche en pierre de la cave. Je tremble, je frissonne, je suis frigorifiée. J’ai un peu peur. Il fait si sombre. De la cave mon corps doit se détacher malgré la faible lumière dans la cuisine. Je descends très lentement marche après marche, laissant mes yeux s’habituer progressivement à l’obscurité du lieu. Je ne vois rien, c’est noir, obscur, je distingue à peine. J’entends un très léger bruit, j’en suis sûre, j’en suis persuadée, certaine. Ma voix tremble. - Jean... C’est toi?? … - … Suis-je conne, cela ne peut être que lui, bien évidemment. Un faible grognement me répond. Je suis rassurée. À voix basse, je l’appelle. - Tu es où je ne te vois pas. - … Je continue de descendre doucement, une main sur la rampe en fer. Je pose à chaque fois avec beaucoup de précautions le pied sur la marche inférieure. J’ai peur de marcher sur un petit caillou. Ou, au pire un morceau de verre, un tesson de bouteille. Je ne vois rien. Je regarde le soupirail. Il n’est d’aucune utilité dans le soir naissant. Je fronce les yeux pour différencier quelque chose ou quelqu’un dans l’obscurité. Sous mes pieds, la nature du sol a changé. Ce n’est plus la pierre volcanique des escaliers, mais de la terre battue, me semble-t-il. Je regarde sur ma droite, la pièce juste sous la cuisine. Il fait trop sombre pour y voir quoi que ce soit. Mais, elle me semble vide. Au bas des marches, il y a une ouverture sombre sur le mur de gauche. Une autre cave, qui doit forcément se trouver sous le salon, l’ouverture qui n’est pas très large n’est qu’un trou noir. J’essaie de distinguer quelque chose. Ma voix tremble. J’avance un peu. - Jean?? … - … Je pousse un petit cri. Il vient d’attraper ma main. Il m’attire dans l’obscurité. Je ne le vois pas, je ne vois absolument rien, l’obscurité est intense. Je fais trois ou quatre pas. J’ai peur de marcher, de poser les pieds sur le sol. Il lâche ma main et me prend par les épaules. Je sens qu’il place un bras sous mes genoux. Il me soulève et me porte dans ses bras. Je ne sais plus où je suis. Je passe mon bras autour de son cou. Je sens qu’il est nu ou du moins torse nu, et son corps est glacé. Il me dépose sur ce qui me semble être une table. Je le lâche. Je suis assise sur quelque chose de froid. Il me force à m’allonger. La surface est granuleuse et froide. J’essaie de reconnaître. Il me semble que c’est de la pierre. Je suis couchée sur une table en pierre. Je l’entends respirer, je le sens à mes côtés. Je touche. J’écarte les bras jusqu’à venir sur les bords de la table qui n’est pas très large. Elle est froide. Je touche les bords sur les côtés, ce n’est pas une table, mais une sorte de coffre. Un coffre en pierre…, non, ce n’est pas possible, ce n’est pas un… J’essaie de me relever. Il est à mes côtés et me maintient allongée en posant ses mains sur mes épaules. Je ne peux pas. Il respire fort. Je ne vois rien. Je prends conscience de l’odeur qui règne ici. Une odeur douce et acre, d’humidité et de pourriture. Je crois que je suis allongée nue sur ce qu’il semble être un sarcophage en pierre. Ma voix tremble de désirs. - Jean... Je t’en prie, où l’on est?? Où sommes-nous exactement, s’il te plaît, réponds-moi ?

Il ne me répond pas, garde le silence. Seule, sa respiration est audible. Il ne bouge pas, ses mains justes posées sur mes épaules m’empêchent de me relever si j’essaie. Nous restons ainsi sans bouger, sans échanger le moindre mot quelques instants. Puis, ses mains se posent sur mon front. Ses doigts parcourent lentement mon visage, ma tête. Il passe sur mes cheveux doucement, les oreilles, les yeux, le nez, la bouche, comme le ferait certainement un aveugle. Il passe et repasse sur les aspérités du visage des lèvres comme pour en connaître chaque détail. C’est étrange. Je ne dis rien, me laisse faire. Ma respiration s’accélère. Si vraiment je suis allongée sur ce que je pense, l’expérience et alors unique et fantastique. Je ferme les yeux malgré l’obscurité. Je le sens sur ma tête mes cheveux. Son corps vient de toucher le dos de ma main, il est nu à mes côtés. C’est maintenant autour des épaules, des bras d’être ainsi touchés, explorés. Ses doigts effleurent mes avant-bras posés sur la pierre. Puis, c’est au tour de la poitrine, des seins, du ventre d’être effleurés. Je garde les yeux fermés malgré l’obscurité la plus profonde. Il passe doucement le bout de ses doigts sur mes seins. L’un après l’autre, il en cherche les bouts, revient dessus, dessous, jusque sous les bras. Je ne bouge pas, n’essaie plus de me lever. Je me laisse faire, c’est délicieux. J’ouvre les yeux. L’obscurité est totale. J’essaie de distinguer quelque chose sur la droite ou la gauche, en vain. Il me semble distinguer une très légère lueur devant moi. Certainement l’entrée de la cave. Ses doigts glissent sur mon ventre et le parcourent, puis viennent de part et d’autre sur ma taille. Ils descendent sur mes cuisses et mes jambes jusqu’à mes pieds. Comme s’il voulait connaître chaque centimètre carré de ma peau.

Je me laisse faire, c’est agréable, même si la sensation est si étrange. L’intérieur des cuisses, des genoux, des jambes et de mes pieds, sont eux aussi tour à tour explorés et reconnus. Il soulève mes jambes une à une et pose mes pieds sur la pierre. Je retiens ma respiration, me laisse guider et disposer cuisses ouvertes et genoux relevés. L’attente me semble interminable. Un de ses doigts vient d’écarter doucement mes lèvres intimes. Je me tends, gémis. Je retiens mon souffle, ma respiration. Il cherche mon clitoris, appuie, je soupire doucement. L’exploration, l’attouchement est aussi précis et minutieux que sur mon visage. Je ne bouge pas, ne bouge plus. Je mords mes lèvres. Il touche la vulve, le périmé jusque sous et entre les fesses. C’est une caresse délicieuse. Mais cette fois, c’est étrange, le lieu, la tension et la concentration accentuent et exaspèrent les sensations devenues plus intenses. J’ai l’impression de subir un examen ou une visite médicale qui serait effectuée par un toubib aveugle. L’obscurité et le lieu bouleversent mes sensations. Je ne sais plus. Je me laisse gagner par le désir. Ma respiration s’emballe. Une main est là, ouverte entre mes cuisses. Il appuie à peine, il bouge de bas en haut doucement. Elle est juste posée, effleure à peine les terminaisons nerveuses de mon sexe. C’est délicieusement insupportable. J’essaie en vain de soulever le ventre, le bassin pour ressentir beaucoup plus le contact de sa main. Je pousse sur les talons, mon ventre se lève au-devant de la caresse. Je gémis, je voudrais qu’il me prenne là, maintenant. Je voudrais qu’il me pénètre de ses doigts de son sexe, mais qu’il cesse ce supplice de tantale. Je murmure… - Oui, fais-le. Je t’en supplie, prends-moi. Fais-le. Viens, prends-moi maintenant, je t’en supplie Jean. Ma voix tremble. Je me tends, soulève mes hanches et mes reins en gémissant. J’ai tellement envie d’être prise, là de suite, dans cette cave obscure. J’en ressens le besoin de tout mon corps. Ma respiration saccadée s’accélère, devient plus forte plus bruyante. J’ai envie de lui. J’ai envie de faire l’amour, d’être pénétrée. Je le supplie à voix basse. - Je t’en prie. Je te supplie, baise-moi, prends-moi, viens, viens. Je te veux. Maintenant.... Les pieds sur la table, je me tends une fois, deux fois, trois fois. Je retombe sur la pierre, la respiration saccadée. Je mords mes lèvres. Sa main, inlassablement, continue ses petits mouvements de bas en haut sans jamais vraiment être plaquée contre moi. Sa bouche se pose sur ma poitrine. Je regarde dans l’obscurité. Ma tête vient à droite, à gauche. J’abandonne, la lutte est inutile. Je sais qu’il me prendra que lorsque lui le décidera. Je me concentre sur ses caresses, sa bouche aspire mon sein. J’ai l’impression que ses lèvres sont froides, son corps est froid. Mes seins sont tour à tour pressés doucement, aspirés. Je gémis, j’essaie encore deux ou trois fois de venir au-devant de sa caresse. Je retombe. Je suis épuisée, cela ne sert à rien. - Je t’en prie… maintenant… fais-le… prends-moi.
Enfin, il monte sur la table et s’allonge sur moi. J’écarte les cuisses de part et d’autre de son bassin. Je relève les genoux. Je tiens la table, ouvre la bouche. J’essaie de contrôler mes émotions, ma respiration. Son corps est froid. Je gémis plus longuement en ressentant ce qui ne peut être que son sexe humide sur le bas de mon ventre. Il se positionne, se guide, contre mes lèvres. Je le sens, je le veux, je suis prête. Ses mains viennent sur la tête et mes épaules. Je l’enserre, je le serre de mes jambes. Il est sur le point de me pénétrer, de venir en moi. Je ferme les yeux. Je ressens mes chairs qui cèdent sous la poussée de son gland.

Soudain… Des aboiements stridents de la chienne me font sursauter de peur. Je pousse un cri de stupeur. Je pense d’abord qu’elle est présente dans la cave avant de comprendre qu’elle hurle ses aboiements par le soupirail. - Jean, où es-tu?? Jean?? Je viens aussi de prendre conscience qu’il m’a lâchée. Il a disparu au même moment où la chienne a aboyé. Je voudrais hurler, pleurer. J’enrage contre cette maudite chienne. Je ne ressens plus mon amant. Je distingue maintenant la légère lueur de l’autre cave devant moi. - Jean revient, je t’en prie, finissons… Jean, je t’en supplie… Je hais cette chienne. Pourquoi s’est-elle mise à aboyer de la sorte dans le soupirail ? Comme si elle avait senti un danger ou avait vu le démon en personne?? Qu’elle soit maudite. Je suis effondrée. Je me sens si frustrée, je voudrais hurler, je suis si mal. Je me relève contre la table. - Jean vient m’aider s’il te plaît, je ne vois rien. Rentrons maintenant. Jean…?? Tu es là?? Aucune réponse de sa part. Il a dû monter frapper la chienne ou je ne sais pas la tuer peut-être. Je ne l’entends plus depuis ses aboiements de tout à l’heure. Comme si elle sentait ce qu’il allait se passer. Qu’elle en était jalouse?! Je suis furieuse. J’ai de la haine pour cette maudite chienne. Je parvins à atteindre l’escalier en me guidant sur la faible lueur émanant du soupirail. - Jean?? Je suis vraiment fâchée contre Jean, contre cette chienne. Je retrouve mes vêtements où je les avais laissés. Je me rhabille et remets mes sandales. Je pose la main sur la poignée. Elle est fermée. La clé est dans la serrure. Je ne me souviens plus de l’avoir vu ou pas, d’avoir verrouillé ou pas la porte. Tout haut, je dis… - Jean, tu es là?? … Réponds-moi s’il te plaît… Jean, je veux rentrer… je rentre. C’est trop tard, je n’ai plus envie, Jean?! Ce n’est pas drôle… Je pars. Je déverrouille la serrure et ouvre. Soudain les portes des chambres du haut qui étaient restées ouvertes claquent dans un vacarme épouvantable, comme si la maison elle aussi était frustrée. Je pense avoir occasionné un courant d’air en ouvrant celle de l’entrée. Je sors et referme derrière moi. Je ne vois ni n’entends la chienne. Je prends le chemin en direction de chez nous. J’enrage intérieurement. J’étais persuadée que cela allait être exceptionnel. J’avais tellement envie de faire l’amour.





J’en veux à cette maudite chienne. J’approche de la maison. Je ne remarque pas le ciel qui rougeoie avec le soleil couchant. Je ne remarque pas les insectes, ni les hirondelles, ni le vent sur les blés, ni la chaleur qui est revenue en cette calme soirée de fin du mois de septembre. Je trouve Jeanne dans le vestibule. - Bonsoir, vous n’êtes toujours pas couchée, Jeanne?? - Bien sûr que non, j’attends René et Jean qui sont partis relever une biche qui était mal en point après un accident avec un automobiliste. - Ah bon?? - C’est François, le voisin qui vit avec sa femme dans la ferme plus loin qui a téléphoné. René a pris la voiture et Jean qui lui, était dans le chemin juste après votre départ. Cinq ou six minutes après. Je ne comprends pas ce que veut me dire Jeanne. - Il y a longtemps qu’ils sont partis?? - Je ne sais pas au juste. Au moment des informations, je crois, ou un peu avant, oui. Vous ne les avez pas vues??
- Non enfin si. Si bien sûr. J’étais avec… Sur la route vers… la chienne. J’étais avec la chienne. On s’est promené… Oui. Je regarde l’horloge murale sur le mur de la cuisine. Elle indique presque vingt et une heures trente. Je ferme les yeux. Non, ce n’est pas possible. C’est juste un cauchemar, je vais me réveiller. J’ai envie de crier, de hurler. Ce n’est pas vrai. Cela ne peut pas être la vérité, il y a forcément une explication logique à tout cela. Mon Dieu, faites que je me réveille maintenant. - Tu vas bien sabine ? Tu es toute blanche, cela va?? - Si bien sûr… Je suis… Ils sont vraiment partis ensemble?? - Bien sûr, juste après que tu nous as laissées et dis bonsoir. Trois ou quatre minutes après, je ne sais pas au juste. Sabine, assois-toi. Tu trembles. Tu veux que j’appelle le médecin?? - Non, non, je… Je vais bien. Je suis juste fatiguée. - C’est même Jean qui a pris le volant dans le chemin, car son père ne voit plus très bien en fin de journée. Mais que se passe-t-il?? Tu sembles embarrassée. Tu ne désires pas que j’appelle un médecin?? Je reste un moment sans rien dire, abasourdie comme perdue dans mes pensées. - Non… non, merci Jeanne… Je… Je dois aller prendre une douche oui, je dois me laver. - Comme tu veux Sabine, je te laisse alors. Repose-toi, tu sembles couver quelque chose. Je monte de suite dans notre chambre, me déshabille en vitesse. J’ai besoin de me laver, de prendre une douche encore et encore. Mais je ne peux pas y croire. Je fais obligatoirement un cauchemar. Je dois me réveiller. Il ne peut pas en être autrement. Sinon, je vais devenir folle. J’imagine qu’un rodeur ou un vagabond était caché ou avait trouvé refuge dans la maison. Mon Dieu ! Mais si la chienne n’avait pas aboyé… il m’aurait… Je ne dois pas y penser. J’ai l’impression de ressentir ses mains et ses doigts sur mon corps, d’entendre sa respiration. Je voudrais hurler. Comme j’ai été inconsciente et stupide. Je m’en veux. Je ne dois absolument rien dire à Jean qui ne doit jamais le savoir.





La lune ronde éclaire de sa lumière blafarde la campagne autour des trois fermes au milieu des champs de blé. De temps en temps au loin, le cri rauque de la brame des cerfs indique que la fin de l’été est toute proche. Un chien répond aux aboiements d’un de ses congénères quelque part dans la nuit. Le cri lugubre et caractéristique d’un hibou se fait entendre à intervalles réguliers dans la nuit claire. Le clocher de Saint-Bonnet sonne douze petits coups brefs. Plus loin, beaucoup plus loin d’autres églises d’autres villages font savoir elles aussi que des hommes vivent encore à leur pied. De lourds nuages sombres commencent à envahir le ciel par l’est. L’orage ne devrait pas tarder à éclater. Sabine n’a pas pu dormir correctement, faisant de nombreux cauchemars. Elle s’est réveillée plusieurs fois, angoissée et anxieuse. Elle reste immobile, allongée, gardant les yeux ouverts, le regard perdu en direction de la fenêtre. Au bout d’un moment, elle se lève et se dirige sans un bruit vers elle. Elle pousse les volets, et semble regarder au loin en direction de la forêt. Elle reste un long moment sans bouger debout contre la fenêtre. Sa courte nuisette en satin de couleur claire recouvre tout juste une petite culotte assortie. Elle se retourne et avance vers la porte qu’elle ouvre sans un regard vers le lit où dort son ami Jean. Tel un fantôme, elle se déplace lentement, sans le moindre bruit dans le couloir sombre. Descends l’escalier sans faire craquer la moindre marche. Ouvre la porte de la maison et sors. La chienne surprise la regarde un instant avant de filer en gémissant vers la grange, comme si elle avait eu subitement très peur. Sabine se dirige vers le chemin. Elle est pieds nus, et ne semble pas être gênée et ressentir les aspérités du sol. Elle avance doucement en silence en regardant devant elle. Les bras le long du corps, elle donne l’impression de frôler le sol. La lune éclaire la campagne, son chemin, le satin clair de la nuisette semble refléter les rayons de lune. Elle avance sans se retourner, sans remarquer des lapereaux qui se sauvent en courant dans le fossé à son approche. Sans remarquer le hibou noir qui la regarde approcher. Sans entendre des chiens qui au loin hurlent à la mort. Elle se dirige d’un pas calme vers la ferme.
Le temps semble soudain être figé. Elle ne semble pas ressentir la fraîcheur de la nuit ni les difficultés du chemin. Elle avance lentement, inexorablement vers son destin. Elle tourne dans la cour. La porte de la maison est fermée. Alors qu’elle s’approche et monte les marches une à une, elle s’ouvre tout doucement sans le moindre bruit. Sabine pénètre et disparaît dans l’obscurité de l'entrée. Comme elle s’était ouverte, la porte se referme. Un petit claquement sec, puis un son bref et métallique d’une clé dans la clenche résonnent. Le silence, il ne se passe rien durant plusieurs minutes qui semblent interminables. Un lourd nuage d’orage traverse le ciel devant la lune. La cour, la maison, la forêt et la campagne environnante disparaissent dans l’obscurité de la nuit. Plus un bruit est alors perceptible. Seul le silence de la nuit noire couvre la campagne. Le temps s'écoule, les minutes paraissent sans fin. Le tonnerre gronde au loin. L’orage approche inexorablement. Elle reste un moment immobile dans l’obscurité la plus complète. Puis un très faible halo de lumière blanche semblant venir de nulle part apparaît au milieu de la cuisine. Elle fait quelques pas jusqu’à se retrouver entouré d’une sorte d’un limbe lumineux. Seule, immobile, les bras le long du corps, le regard fixe, elle attend. Une des fines bretelles de la nuisette glisse de son épaule sans qu’elle ait eu besoin de la toucher, de faire le moindre geste. Puis la seconde à son tour tombe sur son bras. Plus retenue, elle glisse doucement le long de son corps jusqu’aux pieds dévoilant sa poitrine, son ventre. Elle ne bouge pas. La culotte à son tour descend sur les hanches et les cuisses avant de tomber sur le sol, comme si des mains invisibles l’avaient aidé. La porte de la cave s’ouvre doucement et silencieusement. Un faible grondement sourd semble émaner de l’ouverture, ainsi qu’une légère lueur bleue. Nue, Sabine enjambe les vêtements à ses pieds et fait deux à trois pas en direction de l’ouverture. Le halo lumineux dans son dos s’éteint progressivement jusqu’à disparaître complètement. Elle franchit le seuil et se tourne vers l’escalier. Le faible grondement ressemble à une respiration. La lueur bleue au bas des marches semble venir de la cave de gauche sous le salon. Comme une automate, Sabine descend lentement. Au haut de l’escalier, la porte se referme, sens le moindre bruit jusqu’au petit claquement sec de la clenche. Arrivée au bas, elle tourne doucement vers l’ouverture. Elle avance et pénètre dans une sorte de petite crypte au plafond en voûte de pierres. Au centre, un sarcophage, une très faible lueur bleue baigne la crypte et semble venir de nulle part. Des fumées noires flottent au-dessus du cercueil en pierre. Certaines semblent avoir vaguement des formes humaines. Elle avance lentement le long du sarcophage. Une volute de gaz noire passe autour et entre ses jambes, remonte sur ses cuisses avant de s’évaporer. Sabine reste debout. Les vapeurs sombres tournent autour d’elle, l’enveloppent, s’estompent et s’évaporent avant de revenir. Elle reste sans bouger de longues minutes. Puis, comme si elle en avait reçu l’ordre, elle s’assoit puis s’allonge entièrement sur la pierre froide.

Ses yeux se ferment. Le léger grondement sourd qui semblait venir des murs s’estompe. Les fumerolles cessèrent un instant leur danse comme pour mieux mettre en évidence la nudité de Sabine. Elles reprirent leurs mouvements, la frôlant. Les seins, les cuisses le ventre sont enveloppés de vapeurs noires tour à tour. Une volute d’émanations ou de fumée se forme au-dessus d’elle et prend forme humaine. D’autres l’entourent, passent et repassent sur les bras et les jambes. Sa poitrine s’enveloppe de vapeur noire. Le nuage de forme plus ou moins humaine descend lentement. Ses cuisses s’ouvrent et ses genoux se relèvent comme pour le recevoir. La bouche entrouverte, elle gémit, sa respiration s’accélère. Elle semble revenir peu à peu à la réalité. Sa tête bouge de droite à gauche. Doucement, la substance gazeuse sombre et inquiétante se pose sur elle, la recouvre entièrement et prend lentement possession de son corps. Son ventre ondule et vient au-devant d’une pénétration irréelle, imaginaire. Elle se tend, son bassin se soulève, ses cuisses s'écartent un peu plus, elle se donne, s’offre en gémissant. Ses seins sont pétris par des mains invisibles, les tétons sont comme aspirés dans le vide. De ses lèvres entrouvertes, ce n’est maintenant que de longs soupirs, gémissements et râles. Un premier orgasme la délivre dans une longue et interminable plainte et lamentation. Son corps tremble un moment avant de retomber comme inerte sur la pierre.

Elle ouvre les yeux. Sabine sort lentement de la léthargie dans laquelle elle était plongée. Elle regarde autour d’elle. Vient-elle de faire un rêve érotique, ou de vivre un véritable cauchemar?? Elle essaie de se relever sans y parvenir. Elle ne voit que des ombres diffuses qui tournent et qui flottent au-dessus d’elle
dans une luminosité irréelle. Elle essaie de comprendre, de se rappeler des souvenirs récents. L’expérience qu’elle vit est unique et fantastique. Mais, rêve-t-elle encore ou bien est-elle éveillée ? Elle regarde la voûte. Une autre volute noire semble sortir des pierres et en train de se reformer au-dessus de son corps. Sabine observe la forme humaine en train de naître du chaos des vapeurs. Elle voit apparaître petit à petit une tête hideuse sur un corps difforme. C’est un cauchemar, une hallucination. Sabine essaie de se relever, sans y parvenir. Elle ne doit pas paniquer, elle va forcément se réveiller. Les êtres déformés et monstrueux qui la maintiennent sur le sarcophage vont s’évaporer. Lentement, la forme vaporeuse la recouvre entièrement comme un linceul. Elle hurle. Au même moment, un éclair déchire la nuit sombre avec un bruit effroyable. Le temps d’une fraction de seconde, l’habitation apparaît comme une bâtisse inquiétante, sombre et mystérieuse. Le coup de tonnerre roule à la cime des arbres dans un vacarme assourdissant. L’orage éclate, de grosses gouttes d’eau d’abord, puis la pluie intense se déverse sur les feuillages des arbres de la forêt, les blés, les tuiles de la maison. Elle tombe sans discontinuer une longue heure. La foudre plusieurs fois lacère la nuit tout autour de la ferme durant l’orage. Puis, cela s’arrête aussi rapidement que cela avait commencé. La campagne, les alentours semblent figés, anéantis. Maintenant, seuls les ténèbres et le silence enveloppent la maison. Petit à petit, la lune réapparaît et de nouveau éclaire la forêt de sa lumière blafarde. L’odeur âcre de la terre trempée baigne les bois et la forêt. L’orage de la nuit a nettoyé la campagne, les champs et les forêts. Aux premières lueurs du jour, une biche s’approche jusque dans la cour pour goûter l’herbe fraîche, tendre et encore humide qui pousse contre les murs. Des hirondelles passent en criant entre les bâtiments. Un lapin rentre en sautillant dans la grange après s’être abreuvé dans une flaque d’eau. La vie, les insectes et les animaux semblent être revenus tout autour de la maison. Le soleil monte dans le ciel bleu et inonde la campagne de sa chaleur et de sa lumière. On rechercha la jeune femme durant plusieurs jours dans les champs, la forêt et au fond des lacs et des mares. On retrouva très vite ses vêtements de nuits intacts. La gendarmerie aidée de militaires, on entreprit des recherches sans trouver d’autres indices ni dans la maison ni autour. L’unique cave sous la cuisine était encombrée de vieux meubles et de vieilles planches. Elle était envahie par la poussière et les toiles d’araignées. Nul n’y avait mis les pieds depuis des décennies. Les lacs furent sondés, la forêt ratissée. Rien, elle a disparu sans laisser la moindre trace par une nuit d’orage et de pleine lune. Jeanne et René quittèrent la région définitivement pour s’installer près de leur fils dans le sud de la France qui se maria quelques années plus tard. Jusqu’à ce jour, personne n’est revenu habiter une des deux fermes. Elles sont toujours libres. Mais attention, respectez les légendes et les croyances. Et surtout, n’essayez pas de réveiller les démons endormi

Fleur de Sel. mai 19.


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